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L’Amérique, cet allié qui nous veut du mal ?

Je sais que le titre pour beaucoup apparaitra comme provocateur, cependant il dévoile une réalité que personne ne veut voir, surtout chez nos élites dirigeantes, politiques ou industrielles et ce malgré quelques lanceurs d’alertes !

Comme j’ai déjà eu souvent l’occasion de l’expliquer, l’extraterritorialité que le droit américain s’est donné est utilisé sans vergogne dans l’objectif d’acquérir une suprématie économique et industrielle, en s’attaquant par différent moyens aux entreprises, notamment européennes et françaises.

L’Amérique, cet allié qui nous veut du mal ?

Comprendre le jeu qui nous est imposé

Les outils juridiques, dont on parle le plus souvent dans le domaine numérique, sont les lois Patriot Act et Cloud Act. Cependant, on oublie souvent de citer l’arme de destruction massive que représente la FCPA (Foreign Corrupt Practices Act).

Si nous regardons le site officiel du DOJ (Department of Justice) sur la partie FCPA (Lien ici) nous retrouvons toutes les procédures encours, officiellement ouvertes, en effet le DOJ peut lancer des procédures et mandats d’arrêts internationaux non publics… Nous avons donc la liste des procédures en cours le tout classé par année.

Si nous regardons 2021, étrangement aucune entreprise américaine n’a été prise la main dans le pot de confiture… En revanche, il est intéressant de constater qu’il y a deux banques internationales européennes dans le viseur, il s’agit de la Deutsch Bank et du Crédit Suisse.

Drôle de coïncidence lorsque quelque temps plus tard le gouvernement Suisse opte pour l’achat du F-35 américain sans procéder à une votation de ses citoyens, à l’encontre donc de ses propres règles démocratiques, alors que l’avion américain était le moins disant en termes de performances de disponibilité opérationnelle, mais aussi de coûts !

Si on regarde 2020, là encore une majorité d’entreprises étrangères voire européennes, mais avec une ou deux entreprises américaines…

Si nous remontons jusqu’en 2013, nous découvrons que Total est visé mais également des personnes comme Frédéric Pierucci, cadre dirigeant d’#Alstom. Ce dernier sera emprisonné en 2014 sous des accusations fallacieuses. Le système judiciaire américain étant organisé pour obtenir des plaidoiries coupables plus avantageuses que le risque d’aller au procès, ceci a permis de mettre la pression sur #Alstom et de les poursuivre officiellement… Je vous invite à lire le récit de cette aventure terrible par Frédéric Pierucci « Le piège américain », une attaque qui s’est soldée par la perte d’un fleuron de notre industrie d’intérêt stratégique pour notre défense nationale.

Pourquoi s’intéresser à l’affaire #Alstom ? Elle est passionnante et emblématique du mode de fonctionnement des Etats-Unis à plus d’un titre.

Le premier, c’est leur utilisation du FCPA comme arme de guerre économique. Il faut comprendre que des accords internationaux ont été passés dans le cadre de cette loi pour combattre la corruption. La France comme nombre de pays occidentaux ont signé ces accords. La signature de ces accords a hélas permis aux américains de prendre l’ascendant, grâce à une asymétrie des moyens judiciaires et d’investigations (FBI et services de renseignements américains) entre les US et les autres pays. Les Américains sont donc en position de force y compris lorsqu’une procédure est lancée par exemple par un juge français, la procédure judiciaire est menée par le DOJ, le pays initiateur ne recevant en compensation qu’une part des amendes infligées.

Le deuxième, ce sont les liens que l’on devine entre le DOJ et les grandes entreprises américaines, et notamment dans cette affaire General Electrique (GE). Sans être un expert juridique, je m’interroge sur ce type de collusion, mélange des genres entre DOJ et une entreprise américaine avec pour résultat une menace directe de nos intérêts nationaux ! Ne serait-il pas possible d’attaquer GE légalement sur ces bases ? Ne peut-on pas attaquer le DOJ et l’application du FCPA dans ce cas précis ?

Le troisième, qui nous intéresse particulièrement lorsque nous parlons de souveraineté numérique, c’est que dans le cadre d’une procédure de FCPA, le DOJ peut saisir l’ensemble des échanges électroniques passant par des serveurs et fournisseurs américains. Je trouve cette information des plus intéressantes. En effet, pour tous nos industriels qui ne voient le numérique ou l’informatique que comme une commodité, avez-vous pris en compte ce risque majeur que représente le choix d’un fournisseur américain pour vos solutions collaboratives, de courriels ou même de vidéoconférence ou de système de messagerie instantanée ?

Toute entreprise occidentale (Oui, la Chine n’est pas concernée, elle n’a pas signé ces accords de lutte contre la corruption…) avec un tant soit peu de réflexion et d’analyse des risques encourus devrait s’abstenir de travailler avec les #gafams, aux risques de subir un sort similaire à #Alstom.

Avons-nous les anticorps pour lutter contre ces attaques répétées ?

Le plus affligeant, pour un tenant de la souveraineté industrielle, est de constater l’asservissement, voire la collaboration de nos élites dirigeantes avec les intérêts américains. Encore une fois vous me trouvez sévère ? Quelques exemples des moyens d’actions douces (« soft power ») que peut utiliser l’Amérique.

Tout d’abord, le programme de « young Leaders » de la fondation Franco-Américaine identifie un certain nombre d’individus comme ayant le potentiel de devenir les futurs acteurs politiques ou économiques importants. Ce programme permet de biberonner nos élites aux intérêts américains avant tout, faisant oublier nos intérêts nationaux. Quelques exemples de personnalités engagées dans le programme « Young Leaders » : Jean-Noël Barrot (Actuel ministre du numérique) promotion 2020, Amélie de Montchalin (ancienne ministre de la transformation et de la fonction publique) promotion 2019, Thomas Pesquet (Astronaute français) promotion 2017, Emmanuel Macron (Président de la République) promotion 2012, Fleur Péllerin (ancienne secrétaire d’état au numérique) promotion 2012, Edouard Philippe (Ancien premier ministre) promotion 2011, Najat Vallaud-Belkacem (ancienne ministre de l’éducation) promotion 2006, Nathalie Kosciusko-Morizet (ancienne ministre de l’économie) promotion 2005, Valérie Pécresse (Présidente de la région Ile-de-France) promotion 2002, Arnaud Montebourg (ancien ministre de l’économie) promotion 2000, Marisol Touraine (ancienne ministre de la santé) promotion 1997, Alain Minc (essayiste et éminence grise de nombreux politique) promotion 1984, Christine Okrent (Journaliste) promotion 1983, Jacques Toubon (Ancien défenseur des droits, homme politique RPR, UMP etc…) promotion 1983, Michel Bon (ancien PDG de France Télécom) promotion 1982, et François Léotard (ancien homme politique) promotion 1981, pour les plus célèbres. Mais il y a également maints autres acteurs de l’économie et des médias français.

Vous me direz, et alors, cela permet une meilleure compréhension des uns et des autres, facilitant nos relations bilatérales. Cependant, lorsque l’on découvre ces noms qui ont joués ou jouent encore des rôles importants dans la vie politique, économique ou médiatique dans notre pays, cela interroge, non ? Quand depuis 1981, nous avons un alignement de plus en plus marqué, voir un asservissement aux intérêts américains, nous sommes en droit de nous poser la question, ces « Young Leaders » défendent-ils réellement les intérêts français ou sont-ils les chevaux de Troie américains ? En effet, si dans l’absolu on ne peut que louer l’intention, celle de favoriser une plus grande entente, par le biais de relations interpersonnelles en faisant se rencontrer des personnes jugées à Haut Potentiel françaises et américaines. Il est toutefois légitime de s’interroger sur les dérives observées, par exemple du discours pro gafams dans nos milieux dirigeants et médiatiques, et les noms français qui ont été aux manettes du numérique par exemple…

Les mêmes questions se posent sur les orientations médiatiques, pro-américaine (démocrate) que nous pouvons observer, ainsi que le tropisme pour l’idéologie économico-libérale qui imprègne les hautes sphères de nos milieux économiques.

Dans les autres faits que nous pouvons sinon dénoncer, du moins mettre en exergue, c’est l’hégémonie des cabinets de conseils stratégiques et d’audit américains, qui interviennent et conseillent non seulement les grands groupes du CAC40, mais de plus en plus le gouvernement et les administrations. Comme l’affaire McKinsey qui a défrayé la chronique, l’a démontré. On sait par ailleurs que l’ensemble des informations / données collectées par ces entreprises passent directement du côté américain pour alimenter leurs organes de guerre économique !

L’autre outil de « soft power » à ne pas négliger, est le rouleau compresseur culturel. J’entends par là l’offensive médiatique et cinématographique américaine. Depuis la fin des années 1980, début des années 1990, notre marché a été envahi de productions américaines tant au niveau des films que des séries, formatant nos citoyens à la façon américaine de voir le monde (les bons : eux, et les méchants), polluant par la même notre identité culturelle et nous faisant adopter une novlangue inepte faisant fi des subtilités offertes par notre belle langue de Molière. Pire la perte de nos repères linguistiques, nous font petit-à-petit perdre notre pensée propre, notre capacité à aborder le monde, pour tomber dans le manichéisme américain.

En plus de ce « soft power », force est de constater que nos élites participent à la déliquescence de ce qui faisait la force du modèle français, par une absence de vision et de courage politique. Les exemples suivants nous le montrent.

Notre système éducatif naguère source de fierté, est à présent au bord de l’effondrement. Il devient au fil des ministres et des renoncements davantage une fabrique des crétins qu’autre chose, avec une chute abyssale du niveau en sciences et plus particulièrement en mathématiques, mais aussi dans la maîtrise de notre langue et de notre histoire Comment dans ces conditions ne pas nous inquiéter quant à la capacité de la France à produire ses prochaines élites. Tout aussi préoccupant, les écoles de commerce et leur adhésion complète à la vision du monde et économique anglo-saxonne prennent le pas sur les écoles d’ingénieurs dans les études supérieures. Nos anciens fleurons intellectuels ont complètement perdu leurs capacités à produire des élites françaises, et notamment Sciences Po, qui fabrique dorénavant de bons petits soldats wokes prêts à attaquer les bastions de notre culture encore debout pour en faire des machins mondialisés, à la sauce américaine bien entendu !

Un système judiciaire encore plus mal en point que notre système éducatif, rendant tout espoir de rendre coup pour coup, sur le même principe que ce que nous fait subir le DOJ, à l’encontre des grands groupes américains. La sous-dotation budgétaire est criante…

Et l’Europe dans tout ça me direz-vous ? Force est de constater que l’Europe telle qu’elle est construite non seulement peine à défendre ses propres intérêts et de fait les nôtres, hormis dans quelques domaines précis (GRPD) mais tisse aussi un carcan juridique qui nous empêche de nous défendre. Aux critiques récurrentes dont elle fait l’objet à chaque échec la seule réponse est qu’il faut plus de fédéralisme européen. Cela ne fera que nous conduire à un plus grand asservissement aux américains compte tenu du tropisme fort de certains de nos partenaires pour l’Amérique notamment pour les questions de défense…

Et le dernier point que j’aborderais, notre incapacité à défendre nos pépites (start-up ou PME innovante) des razzias américaines. Le pire dans le numérique, c’est que nos dirigeants ne cessent de clamer notre infériorité, cependant on ne cesse de voir nos pépites rachetées par les géants du numérique américains. Alors la question se pose, pourquoi nos dirigeants sont dans la capacité de voir nos capacités réelles, est-ce de l’incompétence ou une volonté de destruction de notre pays ?

Peut-on encore retourner la situation ?

Je vous avouerais que je suis tout sauf optimiste. Cependant je ne peux abandonner ce combat, même si à l’heure actuelle la seule arme à ma disposition est ma plume. Je ne pense pas hélas que le changement se produira par la tête, celle-ci est trop « pourrie » pour toutes les raisons que je vous ai partagées. Le seul espoir, ne pourra venir que de la base, c’est-à-dire de l’ensemble des acteurs de la vie civile, petits entrepreneurs, TPE, PME locales, consommateurs que nous sommes, qui finiront par intégrer que pour retrouver une certaine prospérité, et une satisfaction dans les métiers que nous faisons, choisissions des produits locaux, respectueux de nos valeurs philosophiques, environnementales et sociales. Cela bien entendu s’applique aussi et surtout à notre approche du numérique…

Il est temps de nous ressaisir, d’accepter que nous fassions tous partie d’une même nation, que nos intérêts ne sont pas identiques y compris à ceux de nos partenaires ou alliés et que nous sommes en droit de les défendre. Il est temps de se battre pour retrouver notre souveraineté culturelle, économique, stratégique et numérique !

Emmanuel Mawet

5 Commentaires

  1. Kennedy

    Bonjour,

    Super article pleine de lucidité avec de bonnes informations. Merci.

    Petite question: Dans la phrase ‘Alors la question se pose, pourquoi nos dirigeants sont dans la capacité de voir nos capacités réelles, est-ce de l’incompétence ou une volonté de destruction de notre pays ?

    Avez-vous voulu plutôt dire ‘… sont dans l’incapacité’?

    Réponse
    • Emmanuel Mawet

      Bonjour,

      Tout à fait, typo qui est passée à l’as des relectures.

      Bien cordialement.

      Emmanuel

      Réponse
  2. CROCE

    La seule solution pour retrouver notre souveraineté, et ne pas être les esclaves soumis des Etats-Unis, est de quitter l’Union Européenne, la Banque Centrale Européenne, et surtout l’ O.T.A.N., cette machine de guerre montée de toutes pièces par les Etats-Unis dès 1945, pour soumettre les pays européens à l’esclavage !
    Le pire ennemi de l’Union Européenne ne se trouve par à l’Est de notre continent, mais de l’autre côté de l’Atlantique…très très loin de l’Ukraine, et ces crétins de dirigeants européens ne l’ont toujours pas compris ! Ils me font penser à des dinosaures : vous leur marchez sur la queue, et ça met 1/4 d’heure pour atteindre le cerveau !
    La Constitution Européenne nous permet de quitter ces organisations maffieuses non élues, par l’article 50 ( article 13 de la défense pour quitter l’O.T.A.N. ).
    C’est ce qu’a fait la Grande-Bretagne par le Brexit, alors que continuons encore et toujours à réfléchir comme les moutons que nous sommes devenus, qui trottinent en bêlant joyeusement vers le précipice préparé savamment par Washington !
    Ce n’est pas que les dirigeants américains soient intelligents ( sinon, ça se saurait ), mais qu’est-ce que les nôtres sont nuls !!!
    http://www.upr.fr

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  3. Alain B Baldocchi

    Cette analyse, qui correspond à un état des lieux, pourrait rappeler qu’un droit existe par la capacité juridique à le voir reconnaître, et appliquer.
    Le problème est qu’en dernier recours, les USA disposent de 11 porte avions dont le plus petit doit dépasser le double de tonnage de notre Charles de Gaulle, largement affaibli par la perte d’Alstom

    Réponse
  4. khongbietso

    eFront est aujourd’hui un pilier de l’empire BlackRock, intégré à leur solution Aladdin en tant que solution couvrant le Private Equity.
    Après être passé aux mains de Francisco Partners, puis Bridgepoint, ils sont maintenant partie intégrante de la suite logicielle de Blackrock (et donc non détenus en tant qu’actif).
    eFront sert à stocker les données, dont les noms/coordonnées etc des investisseurs et l’intégralité des flux financiers, ainsi que les détails des investissements et les communications aux clients d’un grand nombre d’acteurs du marché du private equity. Selon le type de client, la donnée d’une structure d’investissement peut être stockée avec l’intégralité de la chaine de transparence, ou uniquement un niveau d’investissement. Données à la consultation “extrêmement instructive”. Ils militent actuellement pour un passage “sur le cloud” de la donnée de leurs clients, et l’extraction de “données anonymisées” pour alimenter un outil de benchmark.
    Des audits de sécurité avaient amélioré la protection des données stockées relativement récemment.
    A l’heure actuelle, suite à l’explosion des demandes dues aux récentes législations, eFront refuse des clients.
    Il semble que le projet de Blackrock à long terme soit l’absorption totale de ces logiciels (FIA plateforme principale n’est qu’un seul des logiciels de cette suite, qui à l’origine servait de système RH) dans Aladdin.
    Actuellement, eFront fait figure de système structurant le marché en termes de bonnes pratiques (standardisation), malgré la faible complexité de celui-ci (les algorithmes les plus complexes étant des algorithmes d’interpolation non-linéaires, mais le coeur de métier n’excède pas des règles de trois). Il faut se rendre compte que jusqu’en 2014, le marché de private equity, malgré son importance structurante pour l’économie et la politique mondiale, se gérait sur excel quand ce n’était pas papier-crayon. Pas étonnant que ce secteur soit le théatre de nombre d’actualités brûlantes, et que l’essentiel de ses UBO passent par le Delaware de Robinette comme les mascarades par Venise.

    Fleuron français passé entre des mains outre-Atlantique à cause du manque de moyens pour accompagner une entreprise à la croissance réellement exponentielle et au rendement de plus de 30%; mais avant tout à cause des taxes françaises: le déménagement du siège avant la première cession n’était pas un hasard. Ce, malgré les relations du fondateur dans les milieux d’affaires/politiques français (évacué depuis). Seul point rassurant: l’entrée d’une gérance américaine dans cette entreprise la condamne à long terme: les brasseurs de vent à la productivité proche du néant n’ont jamais su pérenniser ce qu’ils ont pillé, bien qu’ils soient très forts pour optimiser les marges. Peu importe qu’ils soient payés des montagnes d’or ou des cacahuètes. Vae Victis.

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